Profil environnemental du Togo - 2006

Profil environnemental du Togo - 2006

Le diagnostic de l’état de l’environnement fait apparaître que le mode de développement mis en œuvre au Togo a conduit à une dégradation continue de l’environnement qui se manifeste aujourd’hui par la perturbation des écosystèmes, l’épuisement des ressources naturelles, l’érosion des sols, la perte de la diversité biologique, la contamination des chaînes alimentaires, la pollution de l’atmosphère, de l’eau et des sols. Cette situation a conduit à des conditions sociales déficientes de la population. Malheureusement, les politiques, les textes de lois, la réglementation ainsi que le dysfonctionnement institutionnel en cours renforcés par la suspension de la coopération avec les partenaires internationaux ne favorisent pas la promotion d’une gestion rationnelle de l’environnement dans le pays L’état de l’environnement Les sols

Deux principaux problèmes se posent dans le domaine de la gestion durable des sols au Togo : d’une part la perte de la valeur agronomique des terres cultivées et d’autre part la perte physique de terre liée au phénomène de l’érosion côtière dans le Golfe de Guinée. La dégradation des terres touche environ 85% des sols cultivables au Togo. Le phénomène est observé depuis le début des années 70 dans la zone surpeuplée du sud-est du pays. Il s’étend aujourd’hui sur presque toutes les régions économiques et de manière plus forte dans la préfecture de Vo (région maritime), l’extrême nord du pays entre Dapaong et la frontière avec le Burkina Faso, l’est de la région de la Kara et la préfecture de Danyi dans l’Ouest de la Région des Plateaux. D’un autre côté, la perte de la fertilité des sols a été engendrée par la politique de développement agricole mise en œuvre depuis 1966 et dont les seuls critères d’évaluation étaient d’ordre macroéconomique, ignorant les considérations environnementales.

A cette dégradation physico-chimique des terres, s’ajoute le phénomène de dégradation physique qui rend la terre impropre à toute exploitation agricole. Il s’agit essentiellement des terrassements réalisés dans le cadre de la recherche et de la production minière dans la région maritime par exemple. D’importantes surfaces de terres excavées sont laissées en l’état et défigurent le paysage naturel tout en constituant des gîtes propices pour le développement des vecteurs des principales affections d’origine hydrique. Le secteur BTP tire la totalité des matériaux sable et gravier des carrières disséminées sur toute l’étendue du territoire Le climat

Le Togo enregistre depuis une quarantaine d’années des perturbations des principaux facteurs climatiques. On y observe en effet sur la longue période allant de 1961 à 2000 une augmentation moyenne de température de l’ordre de 0,5 à 0,8 C du sud au nord, une baisse de la pluviométrie et du nombre de jours de pluie (déficit allant de 2,22 mm/an à 3,3 mm/an et 10,6 jours /an à 14,4 jour /an selon les milieux) tandis que le rapport entre les niveaux de précipitation et d évapotranspiration se situe en dessous de 0,75 dans plusieurs localités indiquant une nette tendance à l’aridité du climat. Cet état découle de plusieurs pressions dont les plus déterminantes sont la disparition progressive du couvert végétal (déboisement de ha de forêt par an, faible effort de reboisement au plan national, consommation importante de bois de chauffe et charbon de bois) et à titre secondaire la pollution de l’air par des rejets provenant du développement et de la diversification des activités économiques au cours des 30 dernières années.

Degradation des sols au togo – Global Lead SA

La maîtrise insuffisante des ressources en eau et la pollution chimique et biologique des eaux continentales constituent les principaux problèmes qui caractérisent aujourd’hui le secteur de la gestion des ressources hydriques au Togo. Le Togo dispose pourtant d’importantes réserves en eau. Les précipitations annuelles varient entre 900 et 1500 mm d’eau. Les eaux de surface occupent un volume annuel variant entre 8 et 12 milliards de m3. Les eaux souterraines représentent un volume de plus de 9 milliards de m3 chaque année. C’est dire que face aux problèmes des pénuries d’eau pour l’alimentation humaine, animale et pour les cultures de contre saison, le secteur de l’offre est mal organisé et souffre du faible niveau des investissements par rapport à l’évolution continue de la demande. La capacité nominale des systèmes mis en place dans les différents milieux s’est révélée insuffisante suite à la forte croissance démographique des années Les réinvestissements nécessaires au renouvellement ou à l’extension des services n’ont pas suivi les mouvements de la population et de l’évolution du secteur industriel. Cela s’est traduit par une surexploitation des ressources sans trop de préoccupation des répercussions environnementales. Aujourd’hui les réserves aquifères du bassin sédimentaire côtier sont affectées par l’intrusion des eaux marines, ce qui constitue une sérieuse menace pour la couverture des besoins des populations et des installations industrielles de la zone. A divers degrés, les eaux de surface sont polluées par suite d’importants rejets sans traitement préalable des déchets domestiques et industriels. La situation est plus alarmante pour les cours d’eau qui drainent le grand bassin cotonnier qui reçoit la plus grande partie des engrais et pesticides importés au Togo. Le système lagunaire comprenant les deux lagunes de Lomé, le lac Togo et le lac Zowla est totalement eutrophe et nécessite aujourd’hui d’importants investissements d’assainissement Le couvert végétal Les exploitations forestières et les activités agricoles constituent les deux principales sources de pressions sur la pérennité du couvert végétal au Togo. En effet, les produits ligneux (bois et charbon de bois) entrent pour 80% dans la satisfaction des besoins énergétiques du pays tandis que pour compenser la baisse des rendements agricoles, les paysans ont augmenté la superficie des terres cultivées qui passe ainsi de ha en 1992 à environ ha en La production de bois d’œuvre n a eu un impact limité sur le phénomène puisqu’ elle ne représente que 8,5 % de la demande nationale estimée à quelque m3/an.

Pollution du système lagunaire Lomé

Les principaux impacts de cet état de la végétation sont essentiellement d’ordre écologique : perte de biodiversité non seulement par la disparition de certaines essences à haut pouvoir calorifique mais aussi par la modification et/ou la destruction de l’habitat de la faune sauvage ; perturbations climatiques liées à la disparition de l’effet modérateur de la végétation sur les températures et de son effet orographique sur les précipitations ; envasement des cours d’eau par suite de la disparition des forêts galeries et des forêts rizicoles La biodiversité Le Togo ne dispose pas encore d’un inventaire exhaustif de la diversité biologique. Selon les premiers éléments de la monographie élaborée en 2003, le pays compterait 3752 espèces floristiques et 3458 espèces faunistiques. Le taux d endémicité est faible : cinq espèces animales et une espèce végétale sont endémiques au Togo. De sérieuses menaces de disparition pèsent sur la biodiversité au Togo. Le pays fait partie d’une des 9 zones prioritaires « hotspots» pour la conservation de la biodiversité à l’échelle mondiale.

Des genres de mammifères (panthère, élan de derby, chimpanzé) ont probablement disparu. Le lion, le lycaon, le bongo, la sitatunga, le cercopithèque diane, le colobe bai, le colobe noir et blanc d’Afrique de l’Ouest et le lamantin sont fortement menacés de disparition tandis que l’effectif de la population d’éléphants est tombé à un niveau critique. L’exploitation forestière, les feux de brousse, le défrichement intensif des terres, la pollution des eaux ainsi que l’exploitation abusive des espèces pour l’alimentation humaine, le commerce et le tourisme, et les pratiques de la médecine traditionnelle constituent les principales pressions qui définissent aujourd’hui l’état de la biodiversité nationale. L’intérêt que les autorités togolaises accordent à la conservation de la diversité biologique remonte à la période coloniale où une politique de protection tous azimuts a permis de mettre en place plusieurs parcs, réserves de faune et forêts classées sur l’ensemble du territoire. Cette protection de la nature s’est faite sans prendre en compte ses effets à moyen et long termes sur la satisfaction non moins légitime et impérieuse des besoins des populations. Il en est résulté une remise en cause marquée au début des années 90 par un envahissement des aires protégées par les populations riveraines. Depuis cette remise en cause, les autorités togolaises explorent les voies d’une gestion « participative » de ces aires ainsi d’ailleurs que toutes les questions touchant à la gestion des ressources naturelles Les déchets Les conditions de prise en charge des déchets au Togo n’ont jamais été à la hauteur des enjeux sanitaires que ceux-ci représentent. Cette situation a des répercussions graves sur les conditions d’hygiène et de salubrité des villes togolaises et plus particulièrement sur Lomé, la capitale. La croissance démographique au cours des 20 dernières années et l’extension anarchique des agglomérations urbaines qui s’en est suivie constituent les deux principales pressions explicatives de l’état actuel.

 

Au plan national le ratio de production de déchets est estimé à 0,60 kg/hab/jour ; ce ratio est de 0,65 kg/hab/jour pour la ville de Lomé. La prise en charge des eaux usées et eaux vannes est encore plus problématique. Le pays ne dispose d’aucune STEP de sorte que ces eaux sont rejetées sans traitement préalable dans la nature. Le secteur de l’Hygiène, de l’Assainissement et de la Salubrité publique au Togo souffre de l’insuffisance des investissements sectoriels et de l’obsolescence des textes réglementaires qui le régissent L’énergie L’analyse de l’offre énergétique au Togo révèle une forte prédominance de l’utilisation des produits pétroliers et des produits d’origine ligneuse. En effet, selon un bilan sectoriel réalisé en 1998 les produits pétroliers représentent 16 % ; le bois et le charbon de bois, 80 % et l’électricité seulement 4 % de la consommation énergétique totale du pays évalué à quelque 1,5 million de tonnes équivalent-pétrole. Cette situation qui engendre des répercussions négatives sur la qualité de l’environnement est la résultante de plusieurs pressions au titre desquelles figurent : le développement des activités d’un secteur moderne fondé sur des technologies à forte demande d’énergie fossile et d’électricité, la vulgarisation tardive de l’utilisation du gaz domestique et le coût prohibitif des équipements nécessaires à cette fin, et le faible développement de la recherche et de l’expérimentation des énergies alternatives Les répercussions négatives sur l’environnement se situent au double plan écologique et socioéconomique : pollution atmosphérique, perte de ressources naturelles et de biodiversité, poids de la facture pétrolière, déplacements et réinstallation de populations.

 

Le cadre de gestion de l’environnement au Togo par ses lacunes, est un des facteurs d’aggravation ou de persistance des problèmes environnementaux. Il est caractérisé par des lacunes législatives et réglementaires, certaines faiblesses institutionnelles, des lacunes de politiques sectorielles, ainsi que l’insuffisance ou l’inexistence des instruments appropriés de gestion de l’environnement Cadre politique Le Togo possède une politique nationale de l’environnement élaborée en 1998, complétée en 2001 par un plan national d’action pour l’environnement (PNAE). Sur le plan sectoriel des efforts ont été faits pour élaborer des stratégies dans certains cas comme celui de la lutte contre la désertification, de la conservation de diversité biologique, des changements climatiques, etc. alors que dans les domaines des sols, de l’eau, de l’énergie, des déchets, les réformes n’ont pas encore réellement pris en compte les considérations environnementales comme cela est recommandé par la politique nationale de l’environnement. Deux grands objectifs ont été assignés à la politique de l’environnement. D’une part la promotion d’une gestion rationnelle des ressources naturelles et de l’environnement dans tous les domaines d’activité, de l’autre, la consolidation des mesures de redressement économique destinées à asseoir le développement sur des bases écologiquement viables. Les priorités dégagées au cours de la préparation du PNAE ont servi à élaborer un Programme National de Gestion de l’Environnement (PNGE) suivant une approche programme intégré. Ledit programme comporte trois sous-programmes à savoir : – Renforcement des capacités nationales de Gestion de l’environnement ; – Gestion des ressources naturelles ; – Gestion de la zone côtière et amélioration du cadre de vie des populations. Ces sous programmes sont organisés en composantes dont les actions essentielles tournent autour de : – l’intégration des considérations environnementales dans les politiques et projets de développement sectorielles ; – la gestion décentralisée de l’environnement ; – le renforcement des capacités techniques, financières, juridiques et institutionnelles ; – le développement de l EIC, d’un système d’information et de suivi de l’environnement et d’alerte précoce ; – le développement de technologies environnementales adaptées à l’agriculture, à l’élevage, à la foresterie, à l’assainissement, aux secteurs industriels, de l’énergie, du transport, etc. ; – le développement de l’aménagement et la gestion participative des forêts naturelles à des fins écologiques, de séquestration de carbone et d’utilisation domestique -bois énergie, de bois de service et de bois d’œuvre- ; – la préservation et la mise en valeur participatives des aires protégées et de leurs zones tampons, la restauration et la mise en valeur en vue d’une conservation durable des écosystèmes en dégradation (végétation ripicole, écosystèmes des montagnes, reliques de forêts galeries, bassins versants, zones humides, forêts sacrées, etc.), ou comportant des espèces menacées et/ou endémiques ; – la promotion d un cadre spécifique de planification, la prévention et la réduction de la pollution industrielle dans la zone côtière et la lutte contre l’érosion côtière.

La préservation de l’environnement au Togo est élevée à un rang constitutionnel. Néanmoins, c’est la loi n du 3 novembre 1988 portant code de l’environnement qui constitue le texte de base en matière de gestion et de protection environnementales. Bien que le code ait été adopté en 1988, ses principaux textes d’application n’ont pas été adoptés à ce jour et la plupart de ses dispositions sont restées insuffisantes pour répondre aux préoccupations environnementales telles qu’elles se présentent aujourd’hui. Aussi, des questions importantes telles que celles relatives à la participation du public, aux normes environnementales n ont-elles pas été réglées jusqu’à ce jour. Par ailleurs, ce code n’intègre pas le contenu d’un certain nombre d’accords internationaux que le Togo a signés ou ratifiés. Une loi-cadre sur l’environnement est en cours d’élaboration afin d’aider à corriger ces différentes lacunes. La loi n du 11 février 1998 portant décentralisation confie d’importantes attributions environnementales aux collectivités territoriales. Les avancées de cette loi dans le domaine environnemental sont très importantes mais à ce jour, elle n a encore reçu aucun texte d’application. Les législations sectorielles existantes dans les domaines des mines, des installations classées, de l’urbanisme, des écosystèmes marins, des ressources halieutiques, des ressources forestières, du foncier etc. ont des lacunes importantes et n ont guère réussi à assurer la protection de l’environnement Cadre institutionnel Dans l’ensemble, le cadre institutionnel de gestion de l’environnement au Togo apparaît peu performant. Ce constat est vrai en ce qui concerne aussi bien les institutions publiques que les institutions privées. Outre les dysfonctionnements constatés, le cadre institutionnel de gestion de l environnement est caractérisé par : l’absence d’une vision globale de la gestion de l’environnement dans la mise en place des structures, le cloisonnement des centres de décision avec émiettement des rôles et des responsabilités sans coordination, l’absence de synergie au niveau des actions sectorielles et catégories d’acteurs, la faible capacité en moyens matériels, humains et financiers des structures actuelles du Ministère chargé de l’environnement, la non disponibilité de données fiables sur l’environnement, la faible capacité des institutions, des secteurs public et privé, des collectivités locales et autres organisations de développement, la non responsabilisation des départements ministériels et des structures sectorielles dans la gestion de l’environnement. L’ensemble du cadre mérite d’être redimensionné, redynamisé et coordonné sur le plan opérationnel pour permettre une meilleure gestion de l’environnement en tenant compte des insuffisances des structures existantes. Le renforcement des capacités d’intervention devra s’inscrire dans une vision de mise en cohérence verticale et horizontale des structures en évitant les fragmentations ou les cloisonnements et les chevauchements tout en précisant clairement le rôle des différents acteurs Intégration des questions environnementales dans les principaux secteurs Malgré l’existence d’un cadre politique et juridique favorables à l’intégration des préoccupations environnementales dans les principaux secteurs, le développement économique et social se fait au mépris des ressources naturelles et de l’environnement. Néanmoins, il faut noter que certaines des actions du Gouvernement démontrent sa volonté de faire intégrer les considérations environnementales dans les politiques et projets de développement. Ainsi, le DISRP adopté en 2004 a consacré la gestion durable de l’environnement comme un objectif prioritaire de réduction.


Dr Mawuli Komi AMEGADJE

Rapport financé par la Commission Européenne 2006

Dr AMEGADJE Mawuli Komi PDG
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